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samedi 27 août 2016

Le coup en douce de Najat Vallaud-Belkacem à la primaire socialiste

Quel est l'ambition secrete de Najat Vallaud-Belkacem contre la droite du PS ?

Et si c'était elle le coup de Jarnac de la gauche à la présidentielle ? 

Najat Vallaud-Belkacem se préparerait à entrer en campagne. Son récent désaccord affiché avec Manuel Valls sur les arrêtés anti-burkini en fait l'une des surprises de la rentrée du gouvernement. 

Alors que le Premier ministre a soutenu les arrêtés municipaux pris par plusieurs maires des communes littorales pour interdire ces tenues de bain islamiques visant à dissimuler le corps des seules femmes, de la tête aux pieds, Najat Vallaud-Belkacem a contesté ces arrêtés et a surtout carrément désavoué Valls publiquement, à la différence d'Axelle Lemaire (Numérique) et de Bernard Cazeneuve (Intérieur) qui ont pris une certaine distance avec la fermeté affichée par le chef du gouvernement.

"La prolifération des arrêtés sur le burkini, je pense qu'elle n'est pas la bienvenue", a-t-elle déclaré la ministre en charge de l'Education et donc de la formation de la jeunesse, au micro d'Europe 1. Tout en rappelant son opposition au burkini, elle a jugé que cela ajoute de "l'huile sur le feu".
Et de polémiquer : "Jusqu'où va-t-on pour vérifier qu'une tenue est conforme aux bonnes moeurs".

Manuel Valls a aussitôt recadré sa ministre sur RMC.
"Ces arrêtés ne sont pas une dérive. C'est une mauvaise interprétation des choses. Ces arrêtés ont été pris au nom même de l'ordre public", a rappelé Manuel Valls.

Conflit ouvert entre Manuel Vallset ses ministres
féministes Touraine et Vallaud-Belkacem
Mais qu'est-ce qui ferait que son jeu personnel serait plus signifiant que la prise de position tranchée de Marisol Touraine ? La ministre de la Santé qualifie de "retour en arrière" le port du burkini par des femmes en France et le juge "perturbant". Mais c'est pour mieux se distinguer du premier ministre:
"Mais faire comme si, en se baignant voilée ou en restant habillée sur une plage, on menaçait en soi l’ordre public et les valeurs de la République, c’est oublier que ces valeurs doivent précisément permettre à chacun de ne pas renier son identité." Ainsi, pour cette socialiste, l'identité  individuelle prévaudrait-elle sur  l'identité nationale et ses valeurs républicaines collectives, supérieures et valables pour tous et toutes : serait-elle plus libérale que le PS ?
"C’est oublier que la laïcité n’est pas le refus de la religion," estime-t-elle, consacrant le burkini comme signe religieux ostentatoire. "C’est une garantie de liberté individuelle et collective," assure-t-elle encore,
engageant les musulmanes à un usage non seulement individuel mais collectif du burkini. Toutes ensemble en burkini !"Elle ne peut pas et ne doit pas devenir le fer de lance d’une stigmatisation dangereuse pour la cohésion de notre pays," mais peut en revanche devenir, après la burka, le fer de lance de l'islamisation du pays
Or, rappelons que, pour Manuel Valls, le burkini n'est "pas compatible avec les valeurs de la France et de la République" et que le premier ministre "soutient" les maires l'ayant interdit sur leurs plages.

La ministre de Hollande, une féministe, n'épargne pourtant ni Sarkozy, 
ni Valls :
"Ce climat de haine, ces divisions attisées, le fanatisme en fait son carburant [Valls n'aurait pas aimé du tout]. Il est plus facile de convaincre des individus de se retourner contre un pays dont on leur fait croire qu’il les rejette", explique-t-elle, confirmant le danger d'attaque venue de l'intérieur. "Et quand j’entends un ancien Président de la République mélanger immigration, religion et terrorisme, pour appeler à l’assimilation, j’enrage,"polémique-t-elle, comme si elle était entrée en campagne "Ce débat sur l’identité relancé ad nauseam est pernicieux et dangereux, précisément parce qu’il permet toutes les dérives." Hollande a dû appeler les unes et l'autre au calme.

Mais, dans un entretien mercredi à La Provence, Manuel Valls refuse de légiférer en la matière.
"Je comprends les maires qui, dans ce moment de tension, ont le réflexe de chercher des solutions, d'éviter des troubles à l'ordre public", indique le Premier ministre. Et d'insister : "Je soutiens donc ceux qui ont pris des arrêtés, s'ils sont motivés par la volonté d'encourager le vivre ensemble, sans arrière-pensée politique".
D'où la demande de Benoît Hamon à Hollande de "mettre un terme à la dérive" de Valls.

La rentrée scolaire va de nouveau braquer les projecteurs sur la ministre de l'Education. 

Une exposition médiatique qui pourrait n'être que l'aube d'une contestation du chef du gouvernement.
A 38 ans, elle se préparerait à un avenir plus personnel, selon la révélation du journal Le Parisien qui indique qu'elle pourrait ne pas hésiter à se lancer dans la course à la primaire. "Najat, c'est la petite souris que personne ne voit venir: ils sont dans le mépris des femmes. Elle est jeune, elle est beure et elle a de bons sondages", aurait déclaré au quotidien un ami du président de la République. 
Selon le journal, des proches de Najat Vallaud-Belkacem auraient fait savoir dès avant l'été qu'elle songe à se présenter à la primaire du PS, dans le cas où François Hollande ne serait pas candidat.

Une façon pour celle que chef de l'Etat surnommerait Pimprenelle 
(lien) de contrer Manuel Valls et Arnaud Montebourg. 
Elle serait alors lancée, à l'image du ministre de l'Economie, Emmanuel Macron, "dans un combat de générations", commente ce proche flouté de François Hollande.
video

Selon elle, le premier ministre Valls "libère la parole raciste."

vendredi 26 août 2016

Burkini: les juges chicanent et la sénatrice Esther Benbassa en fait la promotion

Sarkozy veut reprendre du terrain à la gauche communautariste

L'ancien président part à la reconquête du territoire
"Pudeur" de la femme ne va pas de paire avec discrétion
Rétablir l'autorité "sur chaque centimètre carré du territoire" n'est pas du goût du journal Libération qui a repris ses attaques systématiques de Nicolas Sarkozy, candidat désormais déclaré à la primaire de la droite. Le journal s'attendait-il à ce qu'il approuve la politique de renoncements du président socialiste ?
L'un de ses journalistes dédié au FN mène l'offensive, se détournant un instant de sa cible privilégiée à l'occasion du lancement de la campagne de Sarkozy ce jeudi lors d'un meeting à Châteaurenard (Bouches-du-Rhône) où il a "abordé tous les sujets susceptibles de séduire l'électorat en voie de radicalisation". Critique réducteur, malveillante ? En 2013, à propos du Crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE), et bien que spécialiste de l'extrême droite à Libération depuis 2011, le même Dominique Albertini, polyvalent du journalisme militant fortement marqué à gauche, accusait aussi "certaines entreprises [qui] se livrent à du racket pur et simple"...

C’est en chef de parti qu’il était venu dans les Bouches-du-Rhône, l’an passé à Châteaurenard, lieu d’une réunion annuelle de LR. C’est en reconstructeur du parti et en candidat à la primaire de droite que Nicolas Sarkozy s’y est présenté cette année pour lancer sa campagne. Avant d’affronter en novembre le vote des sympathisants LR, l’ex-chef de l’État a reçu jeudi soir les ovations d’un gymnase bondé et enthousiaste. Prononçant un puissant discours économique et social souvent réduit au retour de l'autorité et de l'identité, il a distribué des cartons rouges au pouvoir en place, disqualifié par son "eau tiède, ses demi-solutions, ses compromis bancals, ses synthèses si subtiles qu’il n’en restera rien"

Bien au contraire, il veut "tout dire avant pour tout faire après".
Ce n’est donc pas de l’eau tiède qu’a versé jeudi soir Nicolas Sarkozy. Il ne s'est pas dérobé, cochant toutes les cases où on l'attendait, abordant de front tous les sujets qui préoccupent un électorat alarmé par la radicalisation de la gauche alignée sur les associations droit-de-l'hommistes et manipulée par les communautaristes de toutes origines, exogènes mais aussi endogènes, qui se rejoignent sur un projet objectif, provisoirement partagé, de subversion. La consigne est d’abord de favoriser un Juppé plus proche d'eux et ensuite de tenter de prendre le meilleur sur la candidate du Front national. Le calcul est de tracasser Marine Le Pen sans la plomber et de la conduire au second tour avec l'espoir de l'opposer à Hollande ou, au pire, à Juppé.

Rétablir l'autorité de l'Etat "sur chaque centimètre carré du territoire". 
L'état d'urgence" ne doit pas être un machin, mais permettre la dissuasion du terrorisme par des peines adaptées aux récidivistes, l'ouverture d'internats pour les perturbateurs scolaires, la perte des allocations familiales pour les parents récalcitrants ou en incapacité d'assumer leurs obligations et la mise en place d'un service militaire obligatoire pour les jeunes décrocheurs en déshérence: "Ils y apprendront le respect de la discipline, la nécessité de se lever tôt chaque matin", explique le candidat Sarkozy. 

Une identité commune sera partagée par tous et toutes  
Elle sera défendue par une loi d’interdiction du voile "à l’université, dans les services publics, dans les entreprises, sur tout le territoire" à laquelle s’ajoutera l’interdiction du burkini (burka+bikini), phénomène vestimentaire nouveau émergeant soudain et artificiellement dans le sillage des attentats islamistesmanifestement introduit pour accaparer l'attention et destiné à provoquer une agitation de l'opinion susceptible de déstabiliser l'Etat et le détourner de ses tâches prioritaires

Elle sera soutenue par un coup d’arrêt à l’immigration, avec la suspension du regroupement familial dans l’attente d’une réforme de l’espace Schengen et la suppression de l’aide médicale d’État

Lutte contre le chômage ? 
On redressera l'emploi au moyen de la levée du matraquage généralisé: baisse des impôts confiscatoires, des charges, des dépenses publiques, du nombre de normes, des allocations chômage dans le temps. 
La seule hausse à laquelle le candidat Sarkozy ne pourra échapper sera celle de l’âge légal de départ à la retraite, qui serait porté à 65 ans en 2025.
"Un monde nouveau s’ouvre à nous", a conclu Sarkozy

Le Conseil d'Etat se prononcera vendredi à 15 heures sur la validité des arrêtés "anti-burkini". Au cours d'une audience très suivie, les avocats de la Ligue des droits de l’homme (LDH) qui contestent par un référé-liberté la validation de l’arrêté par le tribunal administratif de Nice et du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) se sont opposés à celui de la ville de Villeneuve-LoubetAlpes-Maritimes, les premiers au nom des libertés fondamentales, le second au nom de l'ordre public. 

Or, la position de l'exécutif n'est pas claire, parce que sa cohésion est fracturée. Pour la LDH, Me Patrice Spinosi a, d’entrée de jeu, crispé l'atmosphère, faisant injure aux trois juges chargés de l’affaire par sa demande à "s’abstraire de toute polémique politique" afin de rester sur le droit pur. S’il a admis que "nous sommes dans un contexte d’attentats", "cette situation est-elle à elle seule susceptible de justifier" l’interdiction de l’accès à la baignade pour les femmes qui du jour au lendemain ont (spontanément?) souhaité se couvrir d' une tenue inédite sous nos cieux mais "conforme aux bonnes mœurs et à la laïcité", ainsi que l’arrêté est rédigé ? Une condamnation implicite mais claire des moeurs dissolues des femmes européennes..
. 
Il a démonté plusieurs arguments de l’arrêté et du tribunal administratif l’ayant validé. 
Sur la laïcité d’abord, en rappelant qu'"elle n’a jamais eu vocation à s’appliquer dans l’espace public". En 1909 - mais c'était il y a un siècle et avant les attentats islamistes, sur le territoire français par des djihadistes de France, et l'envahissement de la sphère publique par l'islam subversif -  le Conseil d’Etat avait annulé un arrêté municipal interdisant au clergé le port de la soutane pour accompagner les convois funèbres. 
C'était six ans après le vote de la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Eglises et de l'Etat, à l'initiative du député républicain-socialiste Aristide Briand. Alors que les plaies de l'affaire Dreyfus ne sont pas refermées, en juin 1899, le libéral Pierre Waldeck-Rousseau organise la légalisation des associations, s'abstenant toutefois de prendre des mesures sur le plan religieux. Cette loi prévoit d’une part un régime de liberté pour la création des associations et d’autre part un régime d'exception pour les congrégations religieuses, qui dispose que chacune doit être autorisée par la loi, se soumettre à l'autorité de l'évêque et qu’elle peut être dissoute par un simple décret. En janvier 1902, le Conseil d'État déclare que l’autorisation préalable nécessaire aux congrégations s’imposera désormais à toute école dans laquelle enseignent des congréganistes, quel que soit leur nombre.
Mais en 1902,
Émile Combes, ex-séminariste devenu athée et adversaire déterminé de la religion, est porté au gouvernement par une poussée radicale et, comme ministre de l'Instruction publique et des cultes, durcit l'application de la loi. En juillet 1903, les demandes d’autorisation des congrégations féminines sont rejetées et en mars 1904 c'est le tour de toutes les masculines. Enfin, les relations entre l'Église catholique romaine et l’État sont rompues en 1904. Combes est stoppé par le scandale de "l'affaire des fiches": le ministre de la Guerre avait utilisé des réseaux franc-maçons pour espionner les officiers, connaître leurs opinions religieuses et freiner l'avancement des officiers jugés insuffisamment républicains...
Une commission présidée par Ferdinand Buisson est créée. Or, il est le président de l'Association nationale des libres penseurs et célèbre pour son combat pour un enseignement gratuit et laïc, à travers la Ligue de l'enseignement (nébuleuse fédérant l'USEP et l'UFOLEP et un réseau de centres de vacances, 'Vacances pour tous' ou des associations du type du Centre international de séjour de Paris et La Revue du cinéma. La Ligue organise à Paris, Porte de Versailles, le Salon de l'Éducation, en partenariat avec le Ministère de l'éducation nationale.) Aidée par la Fédération nationale des conseils de parents d’élèves des écoles publiques (FCPE), la Ligue devient un bras militant du Ministère de l’Éducation nationale qu'elle cogère, afin de pérenniser la domination de l’école publique. Actuellement présidée par Jean-Michel Ducomte, depuis 13 ans, elle appela à voter Ségolène Royal.
C'est à Aristide Briand qu'on doit par ailleurs la signature avec l'Américain Frank Billings Kellogg du pacte Briand-Kellogg visant à mettre la guerre hors-la-loi. Noble et généreux, mais une action diplomatique nobélisée qui s'écroula dès le début des années 1930, face à la crise économique de 1929, la montée du nazisme et du nationalisme japonais. Cette idéologie pacifiste nous avait placé en situation d'impréparation et d'infériorité qui conduisirent la France à la défaite face à l'Allemagne nazie suréquipée et surarmée.
Sur le burkini, qui n’est jamais nommé dans les arrêtés, le Conseil d'Etat a souligné qu’il est "en réalité un voile porté sur une tenue courante adaptée pour la baignade" ["adaptée à", en français], sans autre signification que cela. Valider l’arrêté impliquerait donc de reconnaître la possibilité d’interdire le voile plus globalement. 
Me Sefen Guez Guez, qui représentait le CCIF, a complété en faisant valoir que "le fait pour ces femmes d’aller à la plage montre qu’il n’y a pas de caractère communautariste" dans leur vêtement. Sauf à penser qu'elles occupent l'espace et exhibent leur différence, manifestant un prosélytisme incompatible avec l'esprit laïc, mais aussi avec le respect dû aux femmes en bikini. 

Arrêté "mal écrit" reconnaît l’avocat de la commune 
Sur l’égalité entre femmes et hommes, sur laquelle les juges de Nice s’étaient appuyés, il a souligné que leurs arguments ne reposaient sur aucune base juridique. Sur l’ordre public enfin, il a estimé qu’à Villeneuve-Loubet, "on nous demande de croire sans le voir", puisque en face, l’avocat de la commune, Me François Pinatel, affirmait en citant le maire Lionnel Luca que la présence de nombreux burkinis sur la plage l’avait amené à prendre l’arrêté. Au cours d’une prise de parole rapide, Me Pinatel a admis qu’un référé-liberté n’est pas la meilleure manière de traiter "une question à ce point difficile". 
Il a reconnu que la mesure est "attentatoire aux libertés puisque c’est le propre d’une mesure de police administrative". Mais cette réduction des libertés se justifie, selon lui, par le fait qu’il "y a dans cette région un climat de tension absolue" à la suite de l’attentat de Nice, mais qui s’est aussi exprimé lors des derniers scrutins, où le Front national a réalisé de gros scores. 
Sur le cas plus spécifique de Villeneuve-Loubet, il a reconnu que l’arrêté était "mal écrit" dans son recours à la laïcité, et qu’il fallait voir une référence à la laïcité au-delà de sa définition juridique stricte.  
Enfin, à l'évidence, "si ça se passe bien à Villeneuve-Loubet, c’est grâce à l’arrêté". Un assesseur lui a ensuite demandé quelle était la zone géographique exacte de l’infraction, l’arrêté ne faisant référence qu’à la baignade : "les verbalisations ont-elles lieu dans l’eau ?" A quoi l’avocat a répondu que comme il fallait aller et venir sur la plage pour se baigner, cela concernait aussi la plage. Sur les vêtements concernés,  la référence aux "bonnes mœurs et à la laïcité" suffit à comprendre desquels il s’agit, à savoir les signes religieux ostentatoires

Et le président Hollande dans tout cela ? 
La commissaire du gouvernement a expliqué que le ministère de l’Intérieur n’est pas partie prenante dans l’affaire, rappelant que la Cour européenne des droits de l’homme protège l’expression des convictions religieuses dans l’espace public, "mais [que] ce droit n’est pas absolu". Comprenne qui peut !
Un argument que la commissaire a ensuite développé, mais auquel a réagi Me Spinosi en disant qu’il n’a pas compris, finalement, quelle est sa position. 

Que faut-il attendre du Conseil d’Etat ? 
La décision du Conseil d’Etat - conseiller du gouvernement - sera capitale. Les arrêtés visant aussi bien le hijab (simple voile) que le burkini, leur validation par la plus haute juridiction administrative pourrait signifier que les maires ont le droit d’interdire le port du voile dans l’espace public de leur commune alors qu’aucune loi ne l’interdit au niveau national. Dans un entretien avec Libération, Jean Leonetti, maire LR d’Antibes, un des seuls à n’avoir pas pris l’arrêté, s’est ainsi interrogé : "Devrais-je interdire sur le sable ce que je tolère sur le bitume ?" Des femmes musulmanes portent-elle un burkini sur la voie publique, à Antibes ? 

Des arrêtés attentatoires à la liberté de tous 
Sans préjuger de la décision des trois juges chargés d’examiner le dossier, on peut se référer à ce que le Conseil d’Etat écrivait en mars 2010 dans une étude sur les possibilités d’interdire le voile intégral, au moment où le gouvernement voulait légiférer sur le sujet. 
Faut-il rappeler à Me Spinozi que les premiers attentats en France datent du... 20 mars 2012 avec les tueries de Toulouse et Montauban qui ont fait 7 morts (dont 3 enfants) et 6 blessés ?

Le Conseil d'Etat - qui exerce une fonction administrative consultative - rappelait alors qu’il était impossible de fonder cette interdiction sur la laïcité, car celle-ci "s’impose aux institutions publiques" et non "à la société ou aux individus", pour ce qui relève de sa compétence, sauf "en raison des exigences propres à certains services publics".
Compte tenu du fait que des femmes peuvent choisir librement de porter ce vêtement, il déconseillait aussi de s’appuyer sur le principe de dignité de la personne, comme sur celui d’égalité femmes-hommes : "Opposable à autrui, il n’a pas, en revanche, vocation à être opposé à la personne elle-même, c’est-à-dire à l’exercice de sa liberté personnelle, laquelle peut la conduire à adopter volontairement un comportement contraire à ce principe." 
Quant à l’ordre public, il rappelait que "ses significations juridiques diffèrent" et se refusait à en adopter "une conception renouvelée et élargie" qui définirait l’ordre public "comme les règles essentielles du vivre-ensemble". La loi fut finalement adoptée sans mention du voile intégral, au nom de la sécurité publique.
De quoi jeter des électeurs dans les bras du Front national ? 

On peut aussi se référer à un... dossier sur "le juge administratif et l’expression des convictions religieuses" publié en novembre 2014 sur le site du Conseil d'Etat, dans lequel celui-ci revenait sur plusieurs décisions prises depuis sa création. Il rappelait d’abord que la liberté d’expression religieuse est garantie par la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme ("toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion; ce droit implique le droit de changer de religion ou de conviction, ainsi que le droit de manifester sa religion ou sa conviction, individuellement ou collectivement, en public ou en privé, par le culte, l’enseignement, les pratiques et l’accomplissement des rites"). C'est l'ère... Taubira !

L’article 1 de la Constitution française, "La France est une République […] laïque", consacre la liberté de culte et la neutralité de l’Etat. Il peut être invoqué pour tout dire et son contraire.

Il est pourtant possible de restreindre des manifestations religieuses… 
Plus loin, les conseillers d'Etat revenaient sur "les motifs justifiant d’encadrer l’extériorisation des convictions religieuses" dans la vie en société, en rappelant qu’il revient en général au maire d’une commune d’agir sur le sujet, celui-ci étant "notamment compétent pour réglementer les cérémonies, processions et autres manifestations extérieures d’un culte, comme les sonneries des cloches." Pas de mention, ici, des vêtements portés par les individus: le problème decette radicalisation vestimentaire est... récent ! Le Conseil d'Etat est donc appelé à statuer sur cette pratique nouvelle venue d'ailleurs. L'invention du burkini est attribuée à Aheda Zanetti, une styliste australienne d'origine libanaise, en 2003  ou 2004.A Bâle, en Suisse, la piscine municipale réservée aux femmes interdit les burkinis amples pour des raisons d'hygiène, mais autorise les burkinis moulants : pas de problème de pudeur entre femmes, ni d'exclusion des hommes. En France, la question de l'hygiène n'est pas même évoquée... Sans doute les écolos acceptent-ils que l'eau soit renouvelée !

Les arguties juridiques entravent la bonne marche de la démocratie et sa sérénité
Tu m'as bien vue, sous mes voiles
et dans mon collant "pudique,"
ou il faut que je repasse ?
Le Conseil d'Etat évoquait aussi "les relations avec les usagers du service public", un argument auquel a recouru le tribunal administratif de Nice pour valider les arrêtés municipaux "anti-burkini", en citant ce passage d’une décision du Conseil constitutionnel de novembre 2004 : le principe de laïcité interdit "à quiconque de se prévaloir de ses croyances religieuses pour s’affranchir des règles communes régissant les relations entre les collectivités publiques et les particuliers". Etait alors en cause une décision sur la conformité du traité constitutionnel européen avec la Constitution française, et non d’une décision strictement consacrée à la laïcité. Autrement dit, le Conseil constitutionnel ne disait alors rien de plus que ce que la loi dit déjà. 

Mais l’usager ne doit subir "aucune limitation a priori"  Il n'est pas envisagé que le burkini est une entrave à la libre jouissance de la plage publique: chaque femme en burkini est pourtant une réprobation des femmes en bikini qui se sentent stigmatisées dans leurs libertés et conquêtes de femmes émancipées. Les Européennes vivent comme une condamnation les avancées conquises par leurs mères et grands-mères. 
Or, lorsque le Conseil d’Etat, dans son dossier de novembre 2014 (on y revient), citait cet extrait du Conseil constitutionnel, c’était pour rappeler qu’un individu ne peut se revendiquer d'une religion pour refuser de figurer tête nue sur les photos d’identité. Il rappelait par ailleurs que "la qualité d’usager du service public n’implique aucune limitation à la liberté d’opinion et de croyance, ni à la possibilité de les exprimer. Si un devoir de stricte neutralité s’impose à l’agent des services publics, qui incarne un service qui doit lui-même être neutre, les usagers ont, a priori [et en revanche] le droit d’exprimer leurs convictions religieuses.
C'est dire l'urgence à adapter la législation à l'époque. Une nouvelle majorité est pour cela nécessaire à l'Assemblée.

La plage est-elle un service public ? 
Et dans quelle mesure serait-il possible d’y permettre l’expression des convictions religieuses ? La question implique que le burkini est bien une manifestation religieuse sortie de la sphère privée. Or, la plage appartient au domaine public. Le Conseil d’Etat devra trancher ces questions soulevées par une religion qui n'appartient à notre Histoire qu'en temps que puissance étrangère invasive et jusqu'ici repoussée par les armes, mais aujourd'hui infiltrée à la faveur des failles et inadaptations de notre droit. 

Dernier point du dossier du Conseil d’Etat, en admettant qu'elle serait, comme les précédentes, une décision consultative: "la prise en compte de pratiques radicales dans l’examen de situations individuelles", comme par exemple le rejet d’un recours de témoins de Jéhovah qui ne voulaient pas user de la transfusion sanguine, ou un refus d’accéder à la provocation d'une épouse de Français sollicitant la nationalité française mais "se réclamant du courant salafiste et revendiquant notamment le port du niqab". Sur la question du voile intégral, enfin, le Conseil d’Etat rappelait que le Conseil constitutionnel a estimé, validant la loi qui interdisait son port dans l’espace public, "que les femmes dissimulant leur visage, volontairement ou non, se trouvent placées dans une situation d’exclusion et d’infériorité manifestement incompatible avec les principes constitutionnels de liberté et d’égalité".  
Le burkini, qui laisse le visage découvert, est-il porteur de la même charge de provocation que le voile intégral, considérant que les arrivants se doivent de respecter les usages locaux ? Si de nombreux responsables politiques l’ont immédiatement qualifié de "salafiste" ou "wahhabiste", sa créatrice de mode libanaise rappelait dans un texte publié sur le site du Guardian (gauche intello-bobo britannique) qu’elle l’avait créé à des fins purement pratiques. [Et non commerciales: les profits de la mode islamique ou des produits halal ne contribuent d'ailleurs pas au financement des superstructures musulmanes en France. "Quand je l’ai appelé 'burkini', je ne le voyais pas comme une burqa pour la plage. Burqa était juste un mot pour moi", écrivait cette Libanaise. Le mot qu'elle a forgé est pourtant constitué de "burka" et de "bikini" et il serait grand temps que les magistrats du Conseil d'Etat se ressaisissent et retrouvent leur dignité, ne serait-ce que pour préserver celle de notre droit.

Dans un texte publié sur le Huffington Post Maghreb-Maroc, le sociologue Abdessamad Dialmy - un Egyptien du pays des Frères musulmans - poussait d’ailleurs la plaisanterie jusqu'à prétendre qu'il voit dans le burkini "un compromis anti-islamiste" plutôt qu’un habit intégriste. 

Où en est le débat politique ? 

Au gouvernement, les avis s'opposent. 
Ce jeudi 25 août, le premier ministre, Manuel Valls, et la ministre de l’Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem, se sont contredits par radios interposées. Le Catalan, qui disait déjà à la mi-août "comprendre" les arrêtés, a maintenu sa position sur BFM TV : "Ces arrêtés ne sont pas une dérive. C’est une mauvaise interprétation des choses. Ces arrêtés ont été pris au nom même de l’ordre public", a-t-il estimé. 
Sur Europe 1, clamant sa laïcité et son... féminisme, la ministre franco-marocaine a  estimé  que la "prolifération" de ces arrêtés n’est "pas la bienvenue". Plus tard dans la journée, le président François Hollande a rappelé un grand principe qui ne règle rien, estimant que la "vie en commun" est un "grand enjeu" en France, mais ajoutant toutefois qu’elle "suppose aussi que chacun se conforme aux règles et qu’il n’y ait ni provocation ni stigmatisation".

La presse cite ad nauseam le maire de Londres 
Il était de passage à Paris pour rencontrer son homologue Anne Hidalgo, mais sa présence sur un sol étranger ne l'a pas empêché de prendre parti pour  critiquer les arrêtés. Or, cette prise de parole dont se sont abondamment faits l'écho France Info et BFMTV, par exemple, est Sadiq Khan, non seulement un membre de la gauche du Parti travailliste, mais un immigré originaire du Pakistan et un avocat spécialisé dans la défense des droits de l'homme, à qui le premier ministre travailliste Gordon Brown a donné sa chance comme ministre d'État aux Communautés. Pour l'occasion, la presse ne rappelle pas non plus qu'il est "le premier édile musulman d’une grande capitale occidentale": il fallait une journaliste triomphante du Monde pour que cette indication ne soit pas pointée comme raciste.

La France délirante

L'écrivaine Florence Montreynaud illustre à merveille la dérive de la gauche communautariste sur le fil du rasoir. L'illusion d'une finesse d'analyse intellectuelle grise ainsi quelques-unes de ces féministes prises au piège d'une idéologie qu'elles ne maîtrise plus depuis l'arrivée de pratiques qui remettent en cause le combat de plusieurs générations d'Européennes qui n'avaient pas évalué avec justesse leur chance d'être nées dans une culture judéo-chrétienne.
Comme des juristes de bibliothèques, elles se contorsionnent donc désormais pour ne pas faire leur deuil de tant d'années de luttesdissimulant mal leur déboussolement.   Tant sur le voile islamique que sur la prostitution,  la dite écrivaine invite à entendre les voix de féministes et d'intellectuels qui témoignent de leurs expériences pour une société plus juste: une platitude désespérée. 

"Je hais le voile islamique, mais je ne hais pas les femmes voilées." Je hais la prostitution, mais je ne hais pas les femmes prostituées. [Mais je hais leurs clients...] Si des femmes voilées ou prostituées [le parallèle est osé] disent que tel est leur choix, si elles reprennent la proclamation féministe "mon corps m’appartient", je respecte leur droit de s’exprimer ainsi, et évite de penser à leur place. Néanmoins, je m’élève contre ce qui m’apparaît comme un dévoiement du féminisme, arbitre-t-elle, et je raisonne en tant qu’intellectuelle blanche, forte d’un engagement de plusieurs décennies contre les violences sexistes et pour l’égalité femmes-hommes [Un sentiment de supériorité affleure dans ces propos].  
Selon moi [mais de quel droit porte-t-elle ce jugement de femme blanche?], le voile symbolise la soumission à la domination machiste et la honte, inculquée aux femmes, d’inspirer du désir sexuel à des hommes. Selon moi [car je ne me prends pas pour une queue de cerise], la prostitution est un système d’exploitation machiste du corps de femmes pauvres [les bourgeoises qui se prostituent n'intéressent pas cette féministe exemplaire, fille d'ingénieur et d'artiste]; il est organisé au bénéfice d’hommes qui paient une femme n’éprouvant aucun désir pour eux. Telle est mon analyse de féministe. Je ne cherche pas à l’imposer, car je suis ouverte au dialogue [cette dame est véritablement exemplaire]. Je ne cherche même pas à me faire entendre dans le débat public [je me suffis à moi-même]: je préfère laisser la parole à celles que j’estime mieux placées que moi pour prendre position sur ces sujets brûlants. 
Sur le voile, j’invite à écouter des féministes qui ont fui leur pays car des islamistes les menaçaient de mort, Taslima Nasreen (Bangladesh) ou Djemila Benhabib (Algérie), ou des intellectuelles critiques de l’intégrisme musulman, Wassyla Tamzali, Chahdortt Djavann et bien d’autres."  Bref, mettons un terme à cette caresse narcissique qui semble lui tenir lieu de plaisir intime solitaire.  

Passons au cas Esther Benbassa

"Cachez ces musulmans que la République ne saurait voir !" titre la sénatrice Europe Ecologie Les Verts du Val-de-Marne. Cette république qu'elle dénigre l'a pourtant vue, elle qui est d'origine turque et lui a pourtant permis de prendre l'ascenseur social pour devenir directrice d’études à l’Ecole pratique des hautes études (EPHE) laquelle est autorisée à effectuer un recrutement sélectif de ses étudiants, et les propos de cette immigrée  irritent sérieusement depuis des années. 
En octobre 2013, commentant l'affaire Leonarda, elle déclara : "Moi qui pensais que la France n'avait pas perdu la mémoire de sa sombre histoire, j'étais loin d'imaginer qu'en 2013, en tant que parlementaire, élue du peuple, je serais témoin d'une rafle. Car oui, il faut bien le dire, c'est une rafle."
La proposition d'un homme, de surcroît non-musulman, Jean-Pierre Chevènement, à la tête de la Fondation pour les Oeuvres de l'islam de France jusqu'à l'interdiction du port du burkini, indispose cette universitaire franco-turco-israélienne et notamment son appel conseillant aux musulmans la discrétion. Et de déplorer  au micro de Loïc Barrière sur Radio Orient, le 17 août 2016, un climat malsain lié à l’élection présidentielle. 

Or, la 'discrétion', c’est exactement ce que le pacte inégalitaire de la dhimma 
exigeait des Chrétiens et Juifs, sujets de seconde zone. Et elle géra pendant des siècles, en terre d’islam, les relations entre musulmans et minoritaires non musulmans. Comment Esther Benbassa peut-elle l'ignorer et faire l'impasse sur cette argument ? 
En avril 2016, elle déclencha une autre polémique avec la publication d'une tribune dans... Libération, où elle stigmatise ses jolies compatriotes, affirmant : "Le voile n’est pas plus aliénant que la mini-jupe."
La sénatrice EELV est donc en conflit avec le premier ministre qui répète que "le burkini est la traduction d’un projet politique de contre-société", une "provocation" face à laquelle la République doit se défendre. Pour être crédibles, les musulmanes intégristes devront mettre de la cohérence dans leur provocation puisque certaines se disent guidées par la pudeur mais coordonnent un voile de couleurs vives et des jeans moulants, s'accommodant, quand ça leur chante, de la société des "mécréants", hors de la vue des salafistes des quartiers.